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Débat entre notre évêque et le maire de Villeneuve d’Ascq

Publié le 15 octobre 2005, par Bruno Becker

Cité et Eglise se rencontrent et dialoguent...

Jeudi 22 septembre, 20h30 : la salle municipale Marianne est comble. Parmi les 400 personnes rassemblées, une majorité de chrétiens, mais aussi des musulmans et des personnes d’autres religions ou se disant sans religion.
Dans le cadre de la semaine de rentrée pastorale du doyenné de Mons-Villeneuve, M. Jean-Michel STIEVENARD, maire de Villeneuve d’Ascq, et Mgr Gérard DEFOIS se prêtent au jeu d’une rencontre publique pour dialoguer et débattre sur le thème : « Chrétiens dans la cité - Dialogues pour un partenariat ».
Le grand affrontement ? « Non, pas de match au sommet, annonce l’animatrice de cette rencontre, mais plutôt un échange de points de vue ».
Quatre questions orientent la soirée. Voici les paroles croisées des deux intervenants :

1- Jusqu’où est-on prêt à aller dans l’interreligieux dans la cité ?

J-M.S. : une ville comme Villeneuve d’Ascq, ce n’est pas 66000 habitants mais plutôt des groupes d’appartenance. Les religions définissent certains de ces groupes. Le maire se doit de dialoguer avec chacun de ces groupe et je vis donc l’interreligieux au quotidien. J’ai voulu par exemple visiter tous les lieux de culte de la ville et j’ai pris part à différents rassemblements. L’interreligieux est actuellement dans cette cohabitation et il me semble qu’on peut aller plus loin. Les religions gagneraient à se croiser davantage.
G.D. : l’Histoire fait apparaître des affrontements entre les religions (cf. les Croisades) mais aussi de formidables échanges (cf. Cordoue). Il faut remettre en cause l’idée que les religions ne peuvent se faire que la guerre. Tout en évitant les affrontements, il faut aussi se préserver de l’amalgame des religions car chacune a ses spécificités. A un moment donné, on construisait des blocs ; aujourd’hui, on privilégie les rencontres, comme celle d’Assise à l’initiative du pape Jean-Paul II qui a réuni 167 groupes religieux pour une prière pour la paix en 1986.

Un participant évoque l’implantation d’une mosquée à Villeneuve d’Ascq : « Cette construction fait-elle peur aux habitants ? »

J-M.S. : les locaux actuels ne sont pas décents pour accueillir la communauté musulmane. Une association s’est constituée pour réfléchir à la construction d’une mosquée dans la ville. Le permis de construire est aujourd’hui déposé. Des peurs des concitoyens ? Elles ne sont pas explicites, mais certains pensent intérieurement : « elle serait mieux ailleurs cette mosquée... »
G.D. : l’Islam, ce ne sont pas d’abord les murs d’une mosquée mais une communauté d’hommes et de femmes qui ont été accueillis il y a 30 ou 40 ans dans notre pays. Aujourd’hui, leurs enfants sont acteurs de la société, de la cité, de la politique. L’objectif est de vivre ensemble des relations entre « vieux Gaulois » et « personnes immigrées ». Pour cela, des efforts de compréhension de nos racine et de l’autre sont nécessaires.

2- La citoyenneté comme défi pour les civilisations.

On observe aujourd’hui beaucoup de solidarités ponctuelles, le plus souvent pour des populations éloignées, mais peu d’engagements dans la durée, à proximité de chez soi. Qui doit solliciter ces engagements locaux ? La ville ? L’Eglise ?

J-M.S. : oui, nous constatons une diminution du sens du collectif. Dans les partis politiques, une perte d’engagement et un vieillissement se font sentir. Et pourtant, les citoyens votent, débattent, jugent : l’exemple du référendum pour l’Europe est significatif. Les grandes causes restent mobilisatrices : dans l’Eglise, les JMJ ; en politique, le lendemain du 1er tour des Présidentielles. On peut regretter ces uniques sursauts ponctuels mais on sait qu’on peut compter sur des initiatives et des mouvements de solidarité spontanés.
G.D. : notre société vit sous l’angle de la précarité, sans perspectives d’avenir. Ceci explique l’absence de désir de s’engager dans le long terme. Ce constat sociologique trouve un écho dans l’Eglise. Aujourd’hui, être chrétien, ce n’est plus forcément aller à la messe régulièrement mais c’est vivre un moment fort, chaleureux. Il faut donc changer nos modes d’appartenance : une évolution est nécessaire.
J-M.S. : il ne faut pas se résigner. Nous avons besoin de retrouver des valeurs collectives. Je suis frappé par les phénomènes de consommation accrue, de zapping qui traduisent un individualisme. La politique et la religion ont ce point commun : elles deviennent une salade composée. Les responsables mettent en garde contre cette attitude : « Halte au bricolage religieux », lance le pape Benoît XVI aux jeunes ; « je ne prends pas un p’tit bout de chacun, j’ai un programme », clame M. François Hollande à La Rochelle. Carte ou menu ? Cuisine individuelle ou projets communs ? Il faut manifester des lignes fortes.
G.D. : je précise ce que disait le pape Benoît XVI aux jeunes réunis à Cologne : « il y a un renouveau du religieux mais cela peut être une consommation religieuse ou une émotion religieuse et alors, dès que survient une difficulté, ça flanche, on lâche. »

3- Où peut-on refaire le monde aujourd’hui ?

Dans les partis politiques ? Dans les asscociations ? Chez les altermondialistes ? Dans les églises ?

J-M.S. : entrer en politique, ce n’est pas entrer en religion car il n’y a pas de spiritualité en politique. Mais, quand on est avec d’autres, on a le désir que la vie soit mieux ensemble. Refaire le monde, c’est lancer et réaliser des idées qui nous emmènent loin ! Il ne faut pas ronronner sur nous-mêmes mais, dans une association, les paroles à l’autre, les parole qui mettent en route sont importantes.
G.D. : on présente parfois la religion comme une utopie. Ils est parfois nécessaire de lancer des utopies de solidarité, de constructions communes (cf. Semaines Sociales de France). Je suis d’accord qu’un certain nombre de groupes sont tentés de parler d’eux-mêmes, s’engagent dans des luttes de pouvoir et manquent alors de largeur de vue. L’idée de bien commun, les ambitions solidaires se sont perdues au profit du « je », du personnel. Etre attentif aux personnes qui arrivent de pays en voie de développement dans notre ville est déjà un pas pour s’ouvrir à ces pays lointains. Il faut avoir une vision de solidarité planétaire !

4- Comment la religion s’inscrit-elle dans la cité ?

Comme un prestataire de services dans les moments de la vie ?

J-M.S. : Les hommes et les femmes ont besoin d’être accompagnés à certains moments de leur vie (naissance, union, décès). L’Eglise était présente mais elle semble ne plus faire face à cette mission de « prestataire de services » faute d’effectifs suffisants. La ville se doit de s’y substituer. Le maraige à la mairie existe depuis longtemps mais une cérémonie de parrainage républicain s’est mis en place à Villeneuve d’Ascq. La mairie reçoit aussi une mission d’écoute des habitants.
G.D. : nous ne craignons pas la concurrence pour les confessions, les baptêmes, les mariages ou les funérailles... Je comprends votre analyse mais pour nous, ces gestes religieux ont un eportée autre que sociologique : le lien avec la foi, avec le divin est important. Ce sont plus que des gestes cultuels ou culturels : ils ont une portée éthique et spirituelle. Les religions doivent rester à leur place mais, de leur place, elles doivent apporter une utopie ou une âme, selon la conception de chacun.

Tous les jours, cité et Eglise travaillent conjointement dans les quartiers, les associations. Durant cette soirée, deux acteurs principaux de ces deux pôles ont débattu sur des questions. Que leurs paroles soutiennent le travail et les engagements pris sur le terrain !

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